De notre envoyé spécial sur Espagne-Italie Dino Zoff

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De notre envoyé spécial sur Espagne-Italie Dino Zoff

Message par Dino Zoff le Lun 11 Juin - 7:56

Une belle journée ensoleillée à Gdansk, de celles qui
rappellent le climat espagnol de 1982. Une opposition entre les deux derniers
champions du monde qui doit enfin donner un ton à cette compétition après des
premiers matchs médiocres. Après une semaine de route de nos bureaux de Rome à
Gdansk au volant de ma Cinquecento 1963, me voilà en vue du stade. Short serré
aux couleurs de la Nazionale, je me heurte au service des accréditations, où un
vigile prénommé Czeslaw, si j’en crois le badge qui orne son torse musclé et
velu, m’apprend que le bureau de Top Euro à Déville a annulé ma demande de Pass
Presse. A la lecture du fax signé Roland Blanc, il m’apparaît clairement que
rien ne me sera épargné et qu’une collusion certaine existe entre Top Euro et
Bein Sport pour rendre impossible mon travail de chroniqueur. Qu’à cela ne
tienne, je saute dans la Cinquecento et finit par trouver sur les chantiers de
Gdansk un bar ouvert retransmettant le match tant attendu. Accueilli gaiement
par quelques habitués des lieux, Lech et Marek, qui saluent mon élégante tenue
de supporter, me voici à l’heure exacte du coup d’envoi devant un verre de
Zubrowska, chaleureusement coincé entre mes deux amis dockers.

Les premières minutes du match apportent le soulagement
attendu. Une squadra bien en place, qui donne du fil à retordre aux champions
du monde en titre en nous gratifiant d’une qualité technique rarement vue ces
dernières années. Visiblement, comme en 1982 et 2006, les
« affaires » ont dopé le moral des Azzuris qui ont ici retrouvé leur
niveau de jeu des éliminatoires. Alors, Catenaccio ou pas ? Il semble que
les italiens aient trouvé un nouvel équilibre entre une défense de fer et une
attaque qui ne se limite pas aux chevauchées de Christian Vieri lancé par la
passe d’un libero. Le positionnement de De Rossi, qui aurait pu être inquiétant
car très différent de son poste habituel de milieu de terrain, est très vite
validé par les difficultés des Espagnols à développer leur jeu dans les vingt
derniers mètres.

Côté Espagnol, Del Bosque a décidé de jouer sans
avant-centre, anticipant sans doute qu’il lui faudra trouver des espaces en
défense centrale italienne avant de pouvoir sortir Torres. Le jeu à la baballe
des ibères trouve assez rapidement ses limites en première mi-temps. C’est la
première fois depuis des années qu’on les voit en difficulté tactique et
technique, avec l’un des plus faibles taux de possession de balle qu’on ait connu
depuis six ans. La qualité technique italienne est là, capable de venir
soutirer la balle de pieds espagnols connus pour leur énorme capacité super
glue. Le match est engagé, on sent se dégager quelques grandes tendances :
un Iniesta en super forme, un Balotelli à la rue, que son bon positionnement
dans la rubrique Frank Provost a fait certainement oublier les bases d’un bon
positionnement sur le terrain. Toujours en retard sur l’action, il finit par
être justement sanctionné d’un jaune par le futur papa du petit Julien, par
ailleurs arbitre hongrois de cette rencontre. Il est clair à ce moment que
Balotelli doit sortir vite.

La mi-temps arrive, et je salue avec Lech et Marek le match
de très haut niveau auquel nous assistons, avec deux équipes qui tiennent leur
rang, de nombreuses occasions, des gardiens qui brillent et l’impression que
nous avons devant nos yeux l’un des deux probables vainqueurs de cet Euro 2012.
L’esprit rendu un peu brumeux par la vodka, j’ôte la main de Lech qui se balade
sur ma cuisse, alors que s’engage la deuxième mi-temps.

Le premier quart d’heure est à l’avantage des Italiens, mais
le match est visiblement monté d’un cran. Ce qui devait être fait est
fait : après une erreur impardonnable de Balotelli, Prandelli prend ses
responsabilités en le remplaçant par Di Natale. Coaching parfait : du haut
de ses 1,70m, le joueur de l’Udinese
profite d’une déviation magique du génial Pirlo pour mettre un ballon
magnifique au fond des filets de Casillas. Je hurle, j’exulte, j’ôte la main de
Marek qui enserre ma fesse gauche dans un viril partage de joie.

Mais cette joie est de courte durée : piqués au vif,
les espagnols haussent leur niveau de jeu, entrant définitivement des deux
pieds dans la compétition à l’image d’un Iniesta devenu intenable.
Parallèlement, les Italiens commencent à accuser le coup physiquement. Entrés
tambour battant dans la compétition, avec une préparation physique qui comme
d’usage les prépare à être au meilleur de leurs capacités pour les quarts, les
Azzuris paient la débauche d’efforts défensifs de la première heure de jeu. Le
syndrome espagnol fonctionne à plein : celui qui les conduit généralement
à marquer le seul but de leurs rencontres dans les 20 dernières minutes à un
moment où l’adversaire est exténué d’une stratégie défensive qui ne pardonne
aucune erreur. Et erreur il y a : alors que De Rossi s’éteint lentement et
reprend machinalement une position plus avancée, la faille défensive est
laissée plein axe, permettant à Fabregas d’égaliser.

Les vingt dernières minutes du match se termineront dans
cette dynamique. L’entrée de Torres vient confirmer cette faille axiale et il
faut toute la maladresse de l’Espagnol pour épargner à la Squadra un fatal 2-1
qui obèrerait leurs chances pour la suite. Mais l’équipe d’Italie ne s’effondre
pas. Combative jusqu’au bout, elle se créera encore quelques occasions et
tiendra la dragée haute à la terreur des terrains de football de ces six
dernières années.

Au coup de sifflet final, nous tirons avec Lech et Marek
quelques enseignements de cette rencontre. A moins d’un faux pas contre la
Croatie, ces deux équipes ont montré leur capacité à aller très loin dans cet
Euro.

Pour ma part, je ne crois pas avoir vu d’aussi belle équipe
d’Italie depuis 30 ans mais la prudence reste de mise : un match nul
contre la Croatie et tous les efforts contre l’Espagne pourraient être rendus
vains. On notera par ailleurs l’équilibre entre les qualités défensives des
Juventini et l’efficacité de Cassano et Di Natale qu’on voit mal ne pas être
titulaires côté à côte lors des prochains matchs. Quant à Pirlo, même marqué au
corps par la défense espagnole, on aura apprécié son rôle de pivot parfaitement
assuré entre défense et attaque (certainement le gage d’équilibre de cette
équipe qui évite ainsi un catenaccio à l’ancienne), ainsi que sa capacité à
prendre le ballon des pieds espagnols, ce qui est loin d’être donné à tout le
monde. De Rossi a lui aussi prouvé ses grandes qualités à ce poste inédit. Tout
juste aura-t-il manqué un peu de fraîcheur physique. Nous scruterons évidemment
le match contre la Croatie avec cette clé d’analyse.

Quant aux Espagnols, après un début de match timide dominés
par les Italiens et pris au piège de leur passe à dix, ils ont su retrouver
leur jeu des grands jours dans la dernière demi-heure. Mais seront-ils capables
de laisser autant de jus à chaque match et de tenir la distance de cet
Euro ? Là aussi, donnée à surveiller de près dans les jours qui viennent.
Une chose est certaine, l’Italie reste leur bête noire. Rappelons que c’est la
seule équipe qui leur avait tenu tête à l’Euro 2008.

En conclusion : l’Italie a les moyens de gagner cet
Euro et l’Espagne n’est pas indétrônable.

Au coup de sifflet final, je salue mes deux amis et
m’empresse d’aller rédiger la chronique de ce match. Me voyant tituber sous
l’effet de la vodka, et sans doute de l’émotion, Lech et Marek refusent de me
laisser reprendre le volant et me proposent quelques heures de repos en leur
compagnie dans un Algeco qu’ils utilisent sur le chantier naval.

Je demande donc à mes estimés collègues de m’excuser pour ce
retard sachant que ce matin, je me souviens de peu de choses, sauf d’un chanteur
qui jouait du piano debout à l’heure où moi-même je suis forcé de faire de même
sur le clavier de mon ordinateur.
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Re: De notre envoyé spécial sur Espagne-Italie Dino Zoff

Message par Roland Blanc le Lun 11 Juin - 9:31

Excellent compte-rendu, cher Dino, tout est dit, il n'y a rien à ajouter. L'équipe d'Italie m'a fait plaisir hier, ce qui semblait a priori totalement inconcevable. Les Espagnols ont réagi avec brio sur la fin de match, sortant de leur jeu de balle au prisonnier. Deux belles équipes, un très beau match, du talent individuel et collectif, si tout l'Euro était de cette tenue nous aurions un très grand cru. Un petit bémol, tout de même : des matches spectaculaires en poule se traduisent souvent par des prestations beaucoup plus ternes à l'heure décisive (ta fameuse théorie de la montée en puissance). Nous verrons donc lors des prochaines prestations si les 2 équipes tiennent leurs promesses.

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Re: De notre envoyé spécial sur Espagne-Italie Dino Zoff

Message par Roland Blanc le Lun 11 Juin - 10:42

Et juste pour info : ce matin, tu n'as pas un peu mal aux fesses, Dino ?

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Re: De notre envoyé spécial sur Espagne-Italie Dino Zoff

Message par Dino Zoff le Lun 11 Juin - 10:57

Ca pique un peu mais j'ai des ressources

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Re: De notre envoyé spécial sur Espagne-Italie Dino Zoff

Message par T.R. le Lun 11 Juin - 18:06

Excellent commentaire, il est précieux de préciser que l'arbitre hongrois prénommera son fils Julien
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